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11.07.2008
Que boire ? Et acheter ?
Envolée des tarifs des vins, Clos-des-papes 2005 vin de l'année au top 100 du Wine Spectator, réglements de comptes entre Robert Parker et son ex-traductrice française, Hanna Agostini, coup de plume de Jonathan Nossiter avec son ouvrage 'Le goût et le pouvoir' et enfin coup de gueule d'Alain-Dominique Perrin dans les colonnes de la Revue du vin de France... le moins que l'on puisse dire est que le monde du vin bouge !! Et pas toujours dans le bon sens... L'amateur 'éclairé' aura toujours de quoi satisfaire sa passion (et accessoirement sa bourse) car les régions viticoles françaises recèlent encore de nombreux talents qui offrent des bouteilles à prix accessibles. Il y a aussi un engouement pour le vin que l'on retrouve sur des sites comme e-bay où il y a encore un an on pouvait trouver quelques flacons à des tarifs raisonnables, mais depuis peu les enchères deviennent un peu 'folles' et certains prix proposés sont équivalents, voire supérieurs à ceux que pratiquent certains cavistes. Pour citer quelques exemples, j'ai vu partir des bouteilles de Châteauneuf-du-Pape, domaine du Pégaü, des cuvées Silex de Dagueneau, des chinons de Philippe Alliet, des Côtes-Rôties de Jean-Michel Gérin ou des Chablis du domaine Raveneau à des prix de 15 à 20% supérieurs à ce que proposent des cavistes. Pour ceux qui l'ignorent encore : on ne trouve pas forcément que des bonnes affaires sur Internet !!
Parmis mes meilleurs souvenir de dégustation depuis plus d'une année, je parlerai tout d'abord de trois champagnes. La palme revient sans contexte à un magnum de cuvée Louise 1990, d'une finesse, d'une précision aromatique et d'une longueur impressionantes, un vin qui m'a accompagné - ainsi que quelques amis - pour franchir un cap. Peu de temps après - période des fêtes de fin d'année oblige - j'ai goûté un Bollinger grande année 1999 promis à un bel avenir, un vin tout aussi fin que puisssant. Enfin, un Avize - grand cru - 1996 de la maison Jacquesson dont le dosage très faible (3,5g/l), la finesse (une fois de plus) et les nuances subtiles d'agrumes pouvaient déconcerter ; l'anti-thèse de la 'roteuse' quoi ! Pour ne pas être taxé d'élitisme je dois également confesser avoir pris beaucoup de plaisir avec un 'simple' (c'est aussi de la provocation) Côtes-du-Rhône blanc du Domaine de la Vieille Julienne 2003 qui m'a fait oublier la qualité très décevante d'un 'grand' graves blanc... dont le millésime 1990 était particuliérement bon et le 2000 sera à oublier, même pour améliorer les sauces !! Heureusement, pour les grands vins blancs je pouvais compter sur la Loire en 2000, et passer du très bon Saumur blanc 'Les Cormiers' du Château de Villeneuve au superbe Coteaux du Layon 'Clos de Sainte catherine' du Domaine des Baumard. Et pour finir avec la Loire et 'descendre' vers le centre, j'ai également beaucoup apprécié un Sancerre 'Cuvée Edmond' 1996 du domaine de La Moussière, avant que d'être subjugué, séduit, enchanté par une cuvée 'Pur Sang' 2003 de Pouilly-Fumé de Didier Dagueneau. Un vin magistral qui, au cours d'un repas en forme de marathon bacchique et gastronomique, ne fut eclipsé que par celui d'un autre vigneron et vignificateur de génie : un pinot gris Rangen de Than 'Clos Saint-Urbain' 2003 du domaine Zind-Humbrecht. Un vin bu pour lui-même et tellement arômatique et persistant que la garbure de palombes qui suivait n'en avaient pas entièrement ôté le goût dans mon palais !
Pour finir avec la série des blancs, il faut signaler le très bon travail de Jean Rijckaert qui propose des vins de Bourgogne, vraiment superbes, de très belle tenue dans le Maconnais et éblouissants à Meursault. Un Meursault "Les vireuils" vieilles vignes 2006, bu récemment était très beau, gras, long, minéral, sans le côté trop 'expressif' des chardonnays sur-extraits. Et les prix (mais il faut comme tout se donner la peine de les dénicher là où il faut !) sont encore assez sages...

Si vous demandez pourquoi un tel titre : "Que boire ? Et acheter ?", c'est parce que je n'ai pas encore abordé le coeur de mon sujet... à savoir : en ces temps troublés, par l'envolée des grands vins de Bordeaux (enfin, ceux qui peuvent rivaliser avec les autres grands vins de France et du reste du Monde...), la crise financière (celle pour les petits épargnants mais pas pour les traders, ni les grandes fortunes... on peut gagner de l'argent en pariant sur la baisse des cours de Bourse...), l'inflation (déjà lourde pour tous les Français et surtout pour les oenophiles !) bref, à un moment où l'avenir s'assombrit, y-a-t-il encore un peu de place pour les plaisirs de la vie et en particulier ceux du vin ? Ce dernier étant à consommer avec modération, comme de bien entendu ! Et bien oui ! La preuve, l'hiver dernier j'ai participé à un repas pantagruélique : dix heures à table !! Amuses bouches avec truffes fraîches sur canapé de pain grillé et une touche d'huile d'olive, puis 10 plats : velouté de cerf aux tarbais ; tourte de faisan, cèpes, foie gras, sauce périgourdine ; suprême de perdreau sauce aux truffes ; canard sauvage aux mangues ; oie en confit aux cèpes sautés ; une 1/2 palombe rôtie à la purée d'ail ; une 1/2 bécasse sur canapé et foie gras ; civet de lièvre ; pavé de cerf aux myrtilles, purée de céleri et sanglier poêlé aux topinambours... puis un dessert : fondant au chocolat... parmis les vins rouges bu, à noter : madiran Montus 'Prestige' 1991 (bon), Figeac 1990 (excellent), Canon 2001 (bon sans plus), Châteauneuf-du-pape Charvin 2005 (superbe), Palmer 1996 (très grand), Sociando-Mallet 1986 (très bon), Corbières 'Romain Pauc' 2001 (très bon), Vosne-Romanée 'Suchots' de Chantal Lescure 2005 (superbe), Pape-Clément 2003 (excellent) à égalité avec Figeac, les deux meilleurs suivis par Palmer, Charvin et le Vosne dans un mouchoir de poche. Et à noter le Porto de la Quinta do Infantado lui aussi superbe... et qui accompagnait le dessert. Pour la petite histoire, j'avais amené le meilleur de la série des blancs secs : un Puligny-Montrachet "Les Pucelles" d'Henri Boillot 1993 et un Hermitage blanc 'Chevalier de Stérimberg' de Jaboulet 1995 qui ne voulait pas s'ouvrir...

En ce qui concerne les vins rouges, je persiste et signe : à mon goût les plus beaux vins rouges se trouvent dans la vallée du Rhône... il y en a aussi dans les deux Côtes (Nuits et Beaune) et puis aussi dans le Bordelais (mais à quels prix !!) et puis encore dans la vallée de la Loire et dans le Sud-Ouest... mais ce qui est le plus excitant se trouve bien dans le Rhône, comme le sublime dans la Côte... Pour preuve : le plus grand vin que j'ai dégusté à ce jour (j'ai été baptisé aux Châteaux Haut-Brion et Ausone pour les esprits chagrins du Bordelais...) c'est un Châteauneuf-du-Pape qui détrône un Chambertin 1929 (goûté deux fois... merci à mon aïeul !). Juste un verre tendu par un ami, en aveugle, pour voir ma réaction... et bien j'avais perdu tous mes repères !! Et pour cause, c'était un véritable 'monstre' au sens latin du terme, c'est-à-dire un vin hors normes, disproportionné et pourtant génial. "Il est structuré, tannique et profondément concentré - il s'agit en somme d'une essence de Châteauneuf-du-Pape. Son nez énorme d'herbes fumées, d'olive, de sang de boeuf et de fruits noirs est d'une rare intensité (...) concentration énorme et équilibre superbe" : c'est le commentaire de Robert Parker... Et sur le moment je n'avais aucune référence, rien à quoi le comparer... trois choses ont retenu mon attention en dégustant : les parfums très précis et présents, la concentration de la texture du vin tout à la fois épais et soyeux, et la persistance des arôme en bouche... j'étais sur le c... !! Et puis j'ai eu droit à voir la bouteille après avoir donné 'ma langue au chat' : un Châteauneuf-du-Pape "Réserve des Célestins" d'Henri Bonneau 1978, une merveille, un chef-d'oeuvre !! Merci Patrice !! Une autre très bonne surprise d'un vin qui fait partie des meilleurs Hermitages : le 'Pavillon' de Chapoutier 2002. Petite année et très grand vin avec une définition, une précision et une persistance des arômes tant au nez qu'en bouche... et un plaisir à prix raisonnable (50 €) quand on sait où aller chercher !!

Revenons à l'essentiel : les très bons et les très grands vins du Rhône. Car il y a encore, mais pour combien de temps, dans une fourchette de prix qui demeure raisonnable, des vins qui constituent un réservoir de bonnes affaires tant au Nord qu'au Sud. Petite sélection : dans la famille des Crozes-Hermitages il faut se tourner vers les vins du domaine Combier (en agriculture bio depuis le milieu des années 1970) et ceux du domaine Yann Chave (belle réussite de la cuvée Le Rouvre en 2006) et pourquoi pas ceux du 'sorcier', Alain Graillot. Fourchette de prix comprise entre 12 et 25 €. Autre appellation à ne pas négliger : Saint-Joseph, pour des bouteille dont les tarifs vont de 15 à 25 € et il y a de plus en plus de vignerons de très grand talent qui proposent des vins superbes : Yves Cuilleron, Pierre et Jean Gonon, les domaines Coursodon ou Courbis, Gérard Chave qui possède quelques hectares à Saint-Joseph en produit un tout autant remarquable que recherché (si vous ne l'avez pas de 'première main' la note risque d'être salée...) et Marcel Guigal produit les 'Vignes de l'Hospice' issu de l'exceptionnel patrimoine de vieilles vignes achetées à Jean-Louis Grippat dont les vins ont longtemps dominé l'appellation (le prix est aussi très supérieur à la moyenne des tarifs de l'appellation). A noter les vins blancs sont également très bons un peu au dessus des blancs de Crozes à mon avis. Pour les autres appellation du Rhône Nord il devient plus difficile de trouver de très bons rapports qualité-prix et les meilleurs sont rapidement épuisés. Cherchez bien et comparez les prix car la plupart des grandes cuvées, vins de Clape ou de Voge en Cornas ; ceux de Jean-Michel Gérin, René Rostaing, Bonnefond, Patrick Jasmin, Guigal ou Delas (La Landonne) en Côte-Rôtie, atteignent des tarifs parfois excessifs les grandes années, comme ceux des meilleurs Hermitages et Condrieu. Deux 'exceptions' mais plus pour longtemps : Vincent Paris à Cornas et Yann Chave en Hermitage... Parker vient de passer par là avec le millésime 2006 !

Il en est de même pour les plus grands vins de Châteauneuf-du-Pape. Et les prix atteints par le Clos des Papes 2005 lorsque la nouvelle de son classement, comme vin de l'année dans le top 100 du Wine Spectator, s'est répandue, tiennent du délire. Ce vin dont les prix ont toujours été constants durant la dernière décennie se sont envolés : il ont doublé en quelques semaines. La qualité des vins n'était pas une nouveauté pour les amateurs puisque Clos des Papes a toujours été l'une des références de l'appellation. Le même engouement et la même valse des prix s'emparent des vins et des cuvées de prestige au fil des notes des critiques, en tout cas le prix raisonnable des meilleurs oscille entre 40 et 60 € pour des vins qui tiennent la 'dragée haute' en terme de tenue au vieillissement, d'étoffe et de complexité arômatique aux meilleurs des grands crus du Bordelais qui sont largement plus onéreux... Il y a là encore un domaine dont les tarifs, mais pour combien de temps, restent sages sous la barre des 30 € : le domaine Charvin. Avec une jolie série de très grands à exceptionnels millésimes (comme tous les bons Châteauneufs) 1998, 1999, 2000, 2001, 2003, 2004, 2005 et 2006 et sans doutes faudra-t-il ajouter 2007 (très bon dans le Rhône Sud et dans le Roussillon).
Epilogue : attention aux prix pratiqués ! Vous n'êtes pas obligé de partager mes goûts, mais en ce qui concerne les tarifs des vins dans les différents points de distribution, je vous conseille d'être vigilents. J'ai constaté qu'il y avait d'importants écarts de prix, et souvent entre 30 et 50%, pour les cuvées les plus recherchées. Souvent la plupart de ces vins exceptionnels qui rivalisent avec les 1° Grands Crus Classés de Bordeaux sont produits en de bien moindre quantités et les stocks sont vite épuisés à la propriété... et les prix varient beaucoup en fonction du vendeur final et du nombre d'intermédiaires. Une fois de plus comparez les prix et ne croyez pas que les sites de vente sur Internet proposent toujours de bonnes affaires... Et surtout n'hésitez pas à demander conseil à un caviste (un vrai !).
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