30/01/2007

Un pavé dans la mare !

medium_logo-enceinte.jpgPlusieurs études confirment tout le mal qu'engendrent les ravages de l'alcool et que nous sommes des millions d'alcooliques qui s'ignorent en France : "Pierre lui il boit, mais ce n'est rien comparé à Paul ou Jacques..." Bientôt une nouvelle législation  entrera en vigueur obligeant les producteurs de vin (et de boissons alcoolisées en général) à apposer sur leurs étiquettes un logo ou un message sanitaire pour mettre en garde les femmes enceintes contre les dangers de l'alcool durant la grossesse. Comme si les prescriptions et les conseils d'un gynécologue n'étaient pas suffisants ! Mais on peut toujours soupçonner les médecins de complaisance vis-à-vis de l'alcool, n'est-ce pas un de leurs saints-patrons qui affirmait il y a plus d'un siècle que c'était une boisson hygiènique ? Et de nombreuses publications largement diffusées, il y a à peine quelques décades, comme le 'Guide du Vin' de Raymond Dumay (chez Stock et au club France Loisir), reprennaient les 'bonnes feuilles' ou de courts extraits de l'ouvrage du Dr Eylaud, 'Le Vin et la Santé'... le Dr Eylaud, professeur de médecine à Bordeaux, fallait-il le préciser ??


Il faudrait conseiller à nos modernes prohibitionnistes, sectateurs de l'abstinence et abolitionnistes de l'ivresse, d'organiser des autodafés avec des ouvrages si répréhensibles... Et aussi, de mettre à l'index tous ces médecins qui ne peuvent servir deux maîtres à la fois : entre Dionysos et Esculape, il faut choisir !! Bien que je n'ai personnellement jamais croisé une Erinnye poursuivant une personne pour avoir pratiqué les deux cultes... Encore quelques clins d'oeil aux hellénistes, pas aux hellènes mais sans doute à la belle Hélène... Un amis m'a offert Les Grands Mots du professeur Rollin que je dévore sans aucune modération et j'ai parfois des 'renvois'... Et puisqu'on en parle... encore un ouvrage pour alimenter les foyers des prohibitionnistes (notez le jeu de mot et le trait d'esprit) : "Mais j'en reviens à ma caudalie. Elle a disparu de la plupart des dictionnaires, c'est vous dire comme elle est menacée, alors qu'elle concerne un des fleurons de notre patrimoine national, juste après la langue : le vin." Défendre la langue et la littérature peut vous mettre dans le 'colimateur' des abolitionnistes ! Pour reprendre un argument "massue" de Patrick Besson, non seulement il faudrait caviarder une très grande partie de la littérature, en commençant par la Bible, mais encore tout mettre au feu !! Le prohibitionniste doit avoir la santé, le courage et la force d'un Héraclès face aux étables d'Augias... et beaucoup plus encore car la crasse accumulée de 3.000 boeufs n'est rien en comparaison des millénaires de culte du vin et de l'ivresse, des milliards de ceps de vigne, de dives bouteilles, de pages de littérature sur le vin, de tableaux, de fresques, de vases et de mosaïques antiques... un vrai travail de Titan, un supplice de Tantale, qui a du avoir la gueule de bois... et pourtant la crise de foie fut pour Prométhée !! Je ne m'améliore pas, mais je vous promets que je n'ai pas bu.... du moins pas de ce nectar que Tantale déroba à la table des dieux pour l'offrir aux hommes, si l'on en croit Pindare qui s'y connaissait en vin, comme en 'kairos' d'ailleurs...

 

 

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Ah Hélène !! Et il n'y a pas que le vin des Evangiles, il y a le nectar du Mont Olympe qui faisait tourner la tête de Zeus aussi sûrement que ces belles mortelles à qui il faisait la cabriolle... Puisque nous en sommes arrivé sur les rives dangereuses de l'ivresse et du sexe, je suggère de commencer par brûler sur le champ le Satiricon de Pétrone, de coucher les enfants, de mettre le logo (-18 ans) et d'effacer à tout jamais le vers de Trimalcion (riche marchand, ivrogne, pédophile, plein de vices, mauvais poéte et marié à une catin... en qui un Empereur crut se reconnaître : Néron ! Bien que des érudis latinistes ne soient point convaincus par l'attribution du Satiricon à Pétrone...et en conséquence par la carricature d'un Néron en Trimalcion) : Quare da nobis uina Falerna puer [Garçon, mets du Falerne dans mon verre]. Pour ma part, je préfère le vin de Thurii qui était tout aussi estimé, si l'on en croit Pline, et le Falerne trop vieux faisait mal à la tête et attaquait le système nerveux, selon Galien (encore un 'ancien' ivrogne ? Et médecin aussi !!) ; et de plus du vin de Thurii servi par Circée, pour être sûr de se conduire en pourceau !! Hélas Hélène !! 'Quid huic formae aut Aradne habuit aut Leda simile ? Quid contra hanc helene, quid Venus posset ? Ipse Paris, dearum libidinantium iudex, si hanc in comparatione uidisset tam petulantibus oculis, et helenen huic donasset et deas.' [en gros = que la beauté de toute femme, mortelle ou déesse, paraît fade en comparaison de celle de Circée, qui n'est pas nommée mais c'est bien d'elle dont on parle = 'aux regards ensorceleurs' ; et que Pâris, lui même, arbitre de la volupté des déesses, eût laissé tombé Hélène comme une vieille chaussette pour Circée...] Hélas Hélène !! Pauvre Hélène !!

 

 

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Voilà, je ne sais plus où j'en étais. L'ivresse des mots sans doute ! Ah oui ! Sans bon vin, pas de belles lettres... Sans médecins pas de santé et... il y a des traîtres parmis eux !! Des médecins qui servent tout à la fois Dionysos et Esculape. Une secte étrange de disciples de Rabelais qu'on appelle des 'carabins' et qui comme leur maître ont du lire les commentaires de Galien sur le Falerne, et préférer les vins des moines de Cîteaux et sans sans doute plus encore ceux de Chinon !! Que les hétiers de Rabelais, des carabins et du Dr Eylaud ont inventé une théorie pour justifier l'ingestion de vin : le 'french paradox'... Un piège pour l'humanité que nos modernes Erinnyes (Chabaliers, Kopp & Co...) traquent et dénoncent sans relache à coup de rapports tous plus accablants les uns que les autres. Et voilà qu'une étude anglo-saxonne lance un pavé dans la mare [vous pourrez noter la disproportion entre les digressions hellénistiques et latines et le coeur du sujet]... Il s'agit d'une étude 'scientifique' publiée dans une revue tout à fait sérieuse et qui traite en général de sujets économiques et sociaux : the Journal of Labor Research. Cette étude menée par des économistes de renom, mais qui auront chez nous 'mauvaise presse' (ce sont de véhéments libéraux !!) porte un titre provoquant : No Booze? You May Lose : Why Drinkers Earn More Money Than Nondrinkers [Sans picoler vous pouvez perdre : Pourquoi les buveurs gagnent plus d'argent que les non-buveurs]. Une étude tout à fait sérieuse et politiquement très incorrecte puisqu'elle montre sans appel  que dans des catégories socio-économiques équivalentes les buveurs (hors et dans le cadre de leur travail) gagnent de 10%, pour les hommes, jusqu'à 14%, pour les femmes, de plus que les personnes qui ne boivent jamais d'alcool. Cette recherche montre que la consommation d'alcool permet d'accumuler du "capital social". "Les gens qui boivent en société construisent des réseaux, des relations et accumulent des contacts. Cela se traduit par des salaires plus élevés", selon le professeur d'économie Edward Stringham, co-auteur de l'étude. L'explication la plus probable, selon eux, est que les buveurs entretiennent un réseau de connaissance plus large qui leur permet d'obtenir des opportunités professionnelles. Et dans leur conclusion les auteurs franchissent un pas supplémentaire, fustigeant la politique anti-alcool qui a pour effet pervers de confiner la consommation dans un cadre privé, comme cela s'était produit durant la Prohibition. En empêchant les gens de boire en public, les politiques de lutte contre l'alcool suppriment un effet important : l'augmentation du capital social... Un argument qui vaut ce qu'il vaut aux yeux des prohibitionistes, mais une étude qui donne corps à l'idée selon laquelle le vin est un vecteur de convivialité... j'y reviendrai dans la 3° partie de cette longue note sur Chabalier, Kopp et Co... qui se fait attendre !

 

NOTE : la Revue du Vin de France a publiée dans son N° 507 de décembre2006/janvier2007 un entretien avec le Dr Marc Lagrange, chirurgien digestif et auteur d'un ouvrage aux éditions Feret en 2004 : le Vin et la médecine. La conclusion de cet entretien expose bien une position nuancée et pleine de sagesse (épicurisme = maîtrise de soi et non pas débauche) : "se faire plaisir ne consiste pas à boire tous les jours, il ne faut pas désacraliser le vin, moins encore le diaboliser ! En général, les médecins ont une approche épicurienne du vin. Nous ne nous sentons pas concernés par les 'ayatollahs' de l'anti-alcoolisme. L'essentiel est d'être bien dans sa vie : un bon et bien vivant qui, en adepte de Rabelais, apprécie les verbes en joie et les fines appellations." A noter également dans le N° 508 de février 2007 un dossier consacré aux médecins et professions médicales qui sont aussi vignerons par passion... quand je vous disais que la secte des carabins poursuivait ses oeuvres !

J'allais oublier : conseils du Dr Eylaud : 'Grossesse : vins rouges du Bordelais, riches en extraits minéraux.' Il n'y a pas de posologie, mais je n'imagine pas qu'il soit conseillé d'en boire tous les jours en grosses quantités !! De son côté le Dr Marc Lagrange précise : "L'ivresse aigue présente de graves dangers pour la femme enceinte (chutes, naissances prématurées,etc.). De même, une femme qui boit chaque soir depuis dix ans plusieurs apéritifs a des chances de donner le jour à un enfants chétif, plus sensible aux maladie nosocomiales. Mais j'affirme qu'une femme qui boit une coupe de champagne par semaine ne donnera pas naissance à un être dégénéré ! La tolérance zéro préconisée par les alcoologues me paraît exagérée." Rien de plus que du bons sens...

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