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24.08.2006

Primo Palatum

medium_pinard.jpgJe me souviens non sans émotions de ce printemps 1997, ma dernière année de préparation des concours à Bordeaux, avant de m'envoler pour la première fois au Québec et d'y retourner une seconde, l'année suivante, dans le cadre d'un stage de reconversion... Xavier et Corinne (qui allait devenir son épouse) m'avaient invité à dîner rue du Pas Saint-Georges et à l'occasion de ce repas, Xavier m'avait annoncé la naissance de... Primo Palatum. Cette société de négoce et d'élevage de vins du grand Sud-Ouest était le fruit de la volonté de Xavier de mettre en pratique ses idées d'oenologue et de passionné de grands vins, surtout de mettre la 'main à la pâte', ce qui était l'objet même de sa vocation... Ses activtés de négociant et d'oenologue conseil ne lui suffisaient plus, il lui fallait relever d'autres défis... Le déclancheur fut une discussion passionnée avec un ami négociant et le projet pris corps lors d'autres conversations avec d'excellents vignerons de Cahors, Jurançon, Canon-Fronsac, Bordeaux et Sauternes, qui étaient, et sont toujours, parmis les meilleurs de leurs appellations respectives...


Des vignerons avec lesquels Xavier avait tissé de très bonnes relations au fils des ans (comme étudiant en oenologie et comme négociant avec Réveil-Papilles) et qui avaient accepté de lui fournir des raisins de leurs meilleures parcelles à vignifier, ou une partie de leurs meilleurs vins à élever... les quantités du premier millésimes étaient 'confidentielles' : deux barriques pour le Jurançon et le Sauternes, huit pour les vins rouges de Cahors, Canon-Fronsac et Bordeaux... On pouvait tomber plus mal que sur le millésime 1996, en particulier dans le sauternais et le jurançon, où Xavier avait décidé de vinifier une cuvée de petit manseng en sec avec des raisins récoltés en surmaturité et passerillés (comme pour l'élaboration d'un grand liquoreux) !! Cette année-là les conditions climatiques allaient lui donner un coup de pouce et lui permettre de récolter début décembre des baies tirant 14,9° potentiel et 5,3 g d'acidité totale... Ce vin est pour moi... et quelques autres, un des plus grands vin blancs secs de Jurançon, sinon le plus grand. Un vin qui révèle tout son potentiel à table... il ne m'en reste plus que quatre bouteilles à savourer avec des bécasses et des cèpes, un vin de fêtes par excellence, d'une grande opulence aromatique avec une bouche pleine, suave, ample... avec un foie gras mi-cuit c'est également parfait !! Son Cahors (devenu depuis 1998 cuvée 'Mythologia', vieilles vignes) est sans doute sa plus grande réussite, un vin puissant, tannique mais rond, gras, aussi très expressif (nez épicé, balsamique, une bouche avec des fruits noirs, des notes torréfiées, de la réglisse et des notes florales en finale...) et la cuvée classica, élaborée à partir du millésime 1998, n'est pas en reste non plus !! Xavier est particulièrement fier de ses vins de Cahors et je pense, sans exagérer qu'ils sont au sommet de l'appellation...

 

 

medium_xavier.jpgLors d'un repas chez Xavier et Corinne à Morizès, avec des amis vignerons et oenophiles (un 'duo' présent lors de ce repas brille actuellement à l'occasion du championnat de France des clubs de dégustation organisé par la RVF), l'un des convives, alors que nous allions entamer la troisième série des vins rouges, avait évoqué 'l'excellent Château Lamartine Cuvée Expression comme étant le meilleur Cahors du millésime 1998 qu'il avait pu goûter'... Xavier piqué au vif est sorti de table en lachant un 'on va voir !'... Quelques minutes plus tard il revenait avec les deux dernières carafes du repas. Le premier vin était très agréable, à la robe pourpre, fruité (fruits noirs, cassis), dense  et plutôt long en bouche [Saint-Joseph le Grand Pompée 1996 de Jaboulet, apporté par un convive], mais le second vin était très largement supérieur, d'une robe très sombre, profonde avec un nez où les arômes floraux dominaient le fruit noir, les épices et une note de fraîcheur (eucalyptus ??!!), la bouche était dense, suave, marquée par le fruit, longue, complexe, et évoluait au fur et à mesure de l'aération... Bien sûr, Xavier observait attentivement nos réactions, écoutait nos commentaires... l'un d'entre nous finit par suggérer (on l'avait tous en tête après la réaction de Xavier...) qu'il s'agissait de son Cahors 'Mythologia' 1998... et au sourire de notre hôte, nous pensions avoir trouvé la bonne réponse... 'Non... c'est la cuvée Classica 1998'... Silence, et nous sommes retournés dans nos verres... Pour les septiques, je conseille vivement la lecture des commentaires des vins vinfiés et élevés par Xavier Copel écrits par les dégustateurs chevronés des grandes revues ou des guides sur le vin : Guide Hachette, Guide vert de la RVF, Guide Hubert, RVF, Wine Spectator, Winart, Sabaritas, Der Feinschmecker, Decanter... ils trouveront leurs commentaires sur le site de Primo Palatum... Je n'ai pas été déçu par ces vins et le Cahors 1997, comme le Roussillon 1998 dégustés le printemps dernier étaient exceptionnels...

 

 

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La démarche choisie par Xavier le conduisait vers le 'haut de gamme', des vins de négoce 'haute couture' [démarche identique du tandem Tardieu - Laurent] comme on disait alors, tandis que se développait le phénomène des 'vins de garage'... Une mode qui a permis à Primo Palatum de conquérir ses premiers marchés, mais qui a également brouillé son message, la 'sincérité' et l'authenticité de la démarche de Xavier... Après la décrue de ce mouvement qui a dénaturé l'expression de certains terroirs, ses vins ont été rangés dans la même catégorie, et beaucoup 'd'amateurs' enthousiastes par snobisme de ce type de vins au tournant du millénaire, se sont également mis à les décrier avec le même aveuglement et la même légéreté quelques années plus tard... Mais la plupart du temps, personne parmis ces soit-disant 'amateurs' girouettes n'a su séparer le bon grain de l'ivraie... Les réserves ou 'reproches' de certains dégustateurs avertis de la RVF sur le boisé des vins de Xavier (notamment des cuvées 'Mythologia') ont souvent été 'surinterprétés', mal compris et ont servi à certains de jugement définitif... La grande différence entre les vins de garage ou les expériences similaires à celle de Xavier, c'est que la majorité de ces vins n'ont pas tenu au vieillissement et se décomposent à table, tandis que ceux de Primo Palatum (je viens de boire un Pays d'Oc 1998 superbe ce midi...) commencent à s'ouvrir et sont délicieux (tanins parfaitement fondus, fruité généreux, sapide, long en bouche...) actuellemnent ! Sa démarche comportait également un autre piège, inhérent à son entreprise (partenariat avec des vignerons célèbres pour achetter leurs meilleurs raisins, quantités très faibles, barriques neuves de chez CADUS, habillage de luxe, absence de réseau de distribution...) : le coût !... et donc au final le prix à payer pour l'amateur... J'avoue, en dépit de mon enthousiasme pour l'entreprise de Xavier, avoir pris quelques temps avant de lui achetter ses vins... C'est en les goûtant à Morizès pour la première fois que je me suis décidé à franchir le pas et à rattraper les vins perdus... heureusement il lui restait encore au tournant du millénaire quelques bouteilles de ses premiers millésimes... Je me souviens toujours du premier de ses vins qu'il m'a alors fait goûter en mars 2000, un vin très arômatique (fruits exotiques, mangue, biscuit...), gras, ample long en bouche et marqué par un goût promoncé et très agréable de figue mûre en finale. Une autre 'folie' de Xavier qui après son expérience en Jurançon, avait vignifié des sémillons botrytisés d'une très belle parcelle de Sauternes... en sec !! Et les raisins étaient passé directement du pressoir manuel aux barriques neuves !! Un an pour les fermentations (alcoolique et malolactique)... et un résultat forcément 'stupéfiant et unique'... à suivre lors du même dîner, son Grave rouge 1998 et son Minervois 'La Livinière' 1997, tous les deux vraiment sompteux (et je n'exagère pas !!), le premier avait la trame et la texture d'un très grand ('Je vais dire une connerie... cela me fait penser à La Mission...'), tandis que le second m'avais séduit par son fruité, le touché de bouche soyeux et sa fraîcheur ('... une autre connerie ! C'est un Côte-Rôtie ??' 85% de Syrah..., bien vu pour le cépage, mais pas pour l'appelation !). Ce soir là, je regrettais de ne pas avoir eu assez d'argent, et d'avoir dû choisir entre les grands vins que proposait Xavier (à d'excellents prix) dans son catalogue de négoce et les vins de Primo Palatum... Comme je travaillais, je pouvais faire un peu tourner le compteur...

 

 

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La Gamme de Primo Palatum s'est étoffée depuis son premier millésime en 1996, avec cinq références, pour proposer actuellement 18 vins différents, dans une fourchette de prix allant de 4€ pour le Côtes de Gascognes (blanc et rouge) à 40€ pour le Sauternes... Certains vins sont déclinés en deux cuvées distinctes : une cuvée Classica pour les vins qui privilégient le fruit et une autre Mythologia pour les vins issus de vieilles vignes et offrant un grand potentiel de garde. Il y a eu aussi d'autres aventures : avec un Meursault (parcelle de vieilles vignes située sur Le Limozin à la limite des Charmes) en 1997 et 1999 ; dans la péninsule ibérique avec un Porto Vintage (vieilles vignes de la Quinta da Rosa) en 1997 et 1998, et Priorat (vieilles vignes de Cellers Fuentes) en 1999 et 2000 ; enfin, en Navarre (Bodegas V. Magaña) en 1999... J'ai bu le Porto que Xavier m'avais offert un jour de déprime, il était irrésistible, extraordinaire, sensuel... quant au Meursault (il n'y en a plus) je l'ai goûté chez Xavier en 2001 et je suis rapparti avec 6 bouteilles de chaque millésime... Je sais surtout chez qui il a été vignifié et élevé, d'où viennent les raisins... Dans sa volonté d'élargir sa gamme et d'offrir des vins plus accessibles, d'un point de vue pécunier et aussi des vins prêts à boire plus tôt, Xavier avait proposé à la GMS (Carrefour et Auchan) certaines cuvées lors de foires aux vins... des contrats qui semblaient plutôt avantageux pour la grande distribution qui aurait pu saisir l'occasion, d'autant plus que le travail de 'communication' était fait : Cahors Classica 2001 coup de coeur du Guide Hachette, Vin de Pays d'Oc chardonnay 2003, unanimement salué et cité comme 'A ne pas manquer !' dans le supplément Spécial vin de Paris Match, même son de cloche pour le premier millésime de ses cuvées Côtes de Gascogne 2004 retenue dans Le guide vin 2005 du Monde...etc... Il ne semble pas que la GMS ait su exploiter ce 'partanariat' et même que Xavier ait vu dans cette aventure, sa démarche une nouvelle fois bien comprise... Pour preuve, l'étonnement d'un caviste, pourtant affûté, qui ne savait pas que derrière les vins de Primo Palatum, il y avait la démarche d'un oenologue passionné de grands vins et de terroirs... il pensait que c'était une marque de la GMS !! Il avait pourtant été séduit par un Cahors de Xavier lors d'une dégustation, c'était un 2001 justement... je lui ai laissé une bouteille de Côtes de Gascogne 2004 pour qu'il se fasse une opinion... ce qu'on ne fait pas pour les amis !!

 

 

medium_desseauve.jpg> Le mot de la fin
Je laisse le dernier mot à Thierry Desseauve, emprûnté à son 'bloc-notes' de la Revue du Vin de France de septembre 2001 (N°454) ; un commentaire élogieux... Xavier n'est pas uniquement un ami, c'est un oenologue doué et talentueux, passionné par son métier, amoureux des grands terroirs et malheureusement sans terre...
'Je suis d'accord avec vous : mon métier n'est pas le pire des jobs. Même au cœur des plus intenses marathons dégustatoires, il arrive encore à me surprendre. Il y a quelques mois, au beau milieu de la semaine des primeurs bordelais, je rends visite à un jeune négociant doué, Xavier Copel. Celui-ci a créé une marque, Primo Palatum, qui a vocation de proposer, du Languedoc jusqu'à Bordeaux, des cuvées de grande concentration, soigneusement et richement élevées en bois neuf. Nous goûtons des cuvées toutes plus noires et plus denses les unes que les autres, souvent impressionnantes, parfois même un peu too much. Et puis, arrivés aux cahors (sa région natale), éclate sans crier gare l'éblouissante évidence du vin génial. Dieu sait, pourtant, si je n'attendais pas grand chose de ces vins : noyé dans un océan de "Carte noire" et autres faux durs à la la souplesse merlottante, le vrai bon cahors se fait rare. Mais voilà une cuvée Classica au fruit très mur de grand Cot récolté dans sa pleine maturité (on est loin des arômes de foin coupé des malbecs pas mûrs !), à l'extraordinaire corps ample et structuré, doté surtout d'une longueur fraîche et ambitieuse. Enorme, surdense, excessif mais célébrant la race d'un raisin très mûr, arrive ensuite la seconde cuvée, Mythologia, à l'énorme potentiel. 1998, 1999 et 2000 sont pour les deux cuvées du même acabit gigantesque et glorieux. Voilà des vins qui vous réapprennent un vignoble!'

 

 

  

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