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22.08.2006

Atavisme et spéculation...

medium_Badie.3.jpgSuite des mes confessions vineuses et pas vaseuses qui sont, un peu à la manière de celles de Jean-Jacques R., une façon de justifier un divorce et surtout l'abandon des vins de Bordeaux... région viticole qui aurait dû trôner dans ma cave !! C'est aussi l'histoire de ma 'démarche' d'oenophile qui m'a progressivement, mais irrémédiablement, poussé vers d'autres grands vins français... J'espère aussi que cela permettra à certains amateurs de vins de Bordeaux de s'affranchir de leur propre atavisme... voeux pieux si l'on considère la difficulté des cavistes de la région Aquitaine pour vendre (en dehors d'appellations comme Cahors, Madiran ou Jurançon...) d'autres vins que des vins de Bordeaux. L'attraction est si forte, qu'il m'est arrivé récemment de demander à un VRP qui souhaiter vendre à mes parents du Madiran, quelle était la proportion exacte de cabernet-sauvignon dans la cuvée qu'il venait de nous faire goûter... il s'attendait sûremment à un autre commentaire ! '2/3 de l'assemblage' m'a-t-il répondu, 'c'est une cuvée qui se vend très bien après Mont-de-Marsan dans le nord du département et elle est très appréciée...' Je lui ai fait poliment comprendre que cela ressemblait plus à du Bordeaux qu'à du Madiran et que ce n'était pas ce que nous recherchions... ce qui semblait également le surprendre parce que tous ses clients dans le nord des Landes aimaient CE 'madiran' et que le vigneron avait élaboré cette cuvée pour satisfaire une clientèle habituée aux vins de Bordeaux !!


Autre anecdote, s'il en était besoin, rapportée par un ami caviste montois : il venait de 'rentrer' les Saint-Chinian du domaine Canet-Valette (Le Vin Magnani, Une et Mille Nuits) qui sont des vins très complexes (fruits noirs, épices...), puissants, intenses et longs en bouche, lorsqu'il entrepris de justifier ses choix à un client qui s'étonnait qu'il n'y ait pas beaucoup de grands vins de Bordeaux dans sa cave... Pour ce client bordeauphile, qui se plaignait toutefois des tarifs des grands vins de Bordeaux et aquiescait aux arguments du professionnel, il fût très difficile de passer à l'acte et de repartir avec une bouteille de Saint-Chinian qui valait presque 20€... Pari à moitié réussi cependant, puisque ce dernier a tout de même consenti à acquérir au bout d'un bon 1/4 d'heure de discussion la cuvée 'Antonyme' du Domaine Canet-Valette pour 7,50€...

 

 

> La spéculation
medium_specul.jpgBien que je ne sois pas un de ses 'sectateurs', j'avoue avoir de la sympathie pour Robert Parker et apprécier plus que les chiffres de ses notes, ses commentaires... Il est devenu avec d'autres, comme une véritable agence de cotation boursière, dans un marché des grands vins qui devient de plus en plus 'spéculatif' ; un mouvement qui tend à s'étendre et à s'accélerer et qu'il avait, il y a délà de nombreuses années, prévu : "J'en suis malheureusement arrivé à la conclusion que les plus grands trésors du monde du vin (...) ne sont jamais bus - ou devrais-je dire avalés. Certes, vous et moi, quand nous achettons du vin, révons déjà du moment où nos belles bouteilles seront débouchées, (...) bel et bien vidées avec quelques amis. C'est là un des grands plaisirs du vin (...). Mais il y a d'autres types de collectionneurs : ceux qui spéculent, ceux qui recrachent, et même ceux qui ne boivent jamais de vin. (...) Pour ma part, je déteste l'idée qu'il soit [le vin] perçu essentiellement comme un investissemnt financier, mais les meilleures bouteilles du monde voient leur valeur augmenter dans des proportions souvent phénoménales, et il serait fou d'espérer que les spéculateurs avisés ne s'intéressent pas de plus en plus à ce phénomène'. (Robert Parker 1995) J'ai relevé un constat similaire et plus récent dans le N°500 de la RVF d'avril dernier : 'Aujourd'hui le vin n'est plus une boisson. Il y a deux marchés du vin : le marché spéculatif et celui du consommateur. Les deux sont incompatibles : le spécultaif réclame la hausse continuelle des prix du marché, sinon le spéculateur perd de l'argent. N'y a-t-il pas trop de vins spéculatifs achetés sans être consommés ? On ne connait pas les chiffres, mais on n'entend pas les bouchons sauter. Et moi j'ai un peu peur : trop de vins circulent sans être bus'. (Anthony Barton) On peut toujours tenter d'expliquer cela par un mouvement 'naturel' d'un point de vue économique : la demande est supérieure à l'offre... mais on doit aussi se poser la question : - est-ce que les grands vins sont toujours achetés pour ce qu'ils sont ? Il semble bien que non ! Et le mouvement haussier des meilleurs vins de Bordeaux en est pour moi une très bonne explication.

 

 

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> Depuis 1997
je vous ai laissé sur le mouvement de hausse des tarifs de sortie en primeur des grands Bordeaux, qui au tournant des deux campagnes des vins de 1995 et de 1996, m'avait presque entièrement détourné de ces derniers... un mouvement qui semblait ne pas vouloir s'infléchir !! A cette époque j'ai poursuivi ma quête des grands vins, voire des vins exceptionnels des autres région viticoles françaises. Au petit jeu des ventes primeurs et de la qualité des millésimes à Bordeaux qui donnent le ton de la viticulture nationale, il y avait matière pour dénicher dans d'autres région quelques 'pépites'. Je fuyait les 'grandes messes pour bordeauphiles' que sont les primeurs et les foires aux vins dans la grande distribution pour concentrer ailleurs mes maigres finances... Toujours grâce aux mêmes lectures et à mes amis Xavier et Patrice je scrutait les millésimes et les producteurs et pendant quelques temps les tarifs des meilleurs restaient 'sages'... Le Nord du Rhône en 1991, les Bourgognes blancs en 1992 (Raveneau, Comtes Lafon, Jadot et Verget... par deux bouteilles max.), les Côtes de Nuit et de Beaune (Denis Mortet, Gouges, Jadot, Gros, Mugneret-Gibourg, Rapet, Boillot, Comtes Lafon, Comte Armand, Rousseau...) et Châteauneuf-du-Pape en 1993 (Clos-des-Papes), impasse sur le 1994 sauf quelques vins du Rhône, Bourgogne et Rhône en 1995 et aussi Cahors, Madiran et Jurançon, quasi impasse sur les 1996 (sauf quelques Rhônes, Bourgognes et Loire), idem pour les 1997 et 1998 à part quelques Bourgognes... Au tournant de l'an 2000 mis à part quelques bouteilles acquises en primeur (1 caisse) je m'étais totalement désintéressé des vins de Bordeaux... Toutefois, à cette époque l'envolée des tarifs étaient devenue contagieuse : tous les grands domaines avaient augmenté leurs tarifs en 3 ans de près de 50%...!!

 

 

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Xavier avait abondonné son activité de négoce avec Réveil-Papilles pour se consacrer entièrement à sa nouvelle aventure : Primo-Palatum, quant à Patrice je l'avais perdu de vue depuis la fin de la 'belle époque du Claret' et de mes études... il restait encore la maison Badie pour trouver de grands vins à des tarifs raisonnables et faire quelques découvertes : les Faugères 'Les Bastides' d'Alquier, Mas Julien, Mas Bruiguière, les Gigondas de Brusset ou les Chinon d'Allier... C'est aussi grâce à un couple d'amis installés près d'Angers, que j'ai eu l'occasion en les visitant, de découvrir et aquérir des vins de Loire... Aussi et surtout en raison de leurs tarifs, qui restent pour les meilleurs (mais pour combien de temps ?) encore abordables : Chinon, Bourgueil, Sancerre, Vouvray, Coteaux-du-Layon, Savennières, Anjou blanc, Saumur-Champigny, Montlouis... des vins qui tant en blanc qu'en rouge répondent exactement à mes critères prix/réputation/plaisir/garde... Les meilleurs Chinon et Saumur-Champigny rivalisent sans peine avec les crus classés de Bordeaux pour un rapport de prix qui est de 1 à 3 !! Quant aux grands vins blancs issus du chenin il sont soit excellents, soit merveilleux... à condition qu'ils soient vignifiés et élevés par les meilleurs producteurs : Jo Pithon, Antoine Foucault (bon sang ne saurait mentir !), François Chidaine, Mark Angéli (vu que les corses sont têtus), Florent Baumard, Nicolas Joly, Patrick Beaudouin... Il est vrai que les vins de Loire ont connu depuis une dizaine d'année une véritable révolution pour reconquérir une réputation qu'ils avaient perdu... Il faut lire l'article qui leur est consacré dans le N°498 de la Revue du Vin de France de février 2006 : 'La Loire telle qu'on l'aime'... et pour ceux qui ne sont pas encore convaincus de la qualité de ces vins, la Coulée de Serrant se vendait au même prix que le Montrachet au début du siècle dernier ; c'est sans doute le plus grand vin blanc sec de la Loire et l'un des plus grands du monde selon Curnonsky... quant aux Vouvray 1947 du Domaine Huet ou du Clos Naudin, ils faisaient partie des plus grandes émotions de deux des dégustateurs de la RVF dans le N°500 d'avril dernier. En ce qui concerne les vins rouges, voici une émotion particulière d'Antoine Gerbelle tirée du même numéro de la RVF : 'Je me rappelle l'éclair de bonheur sur leur visage à la première gorgée de ce Clos Rougeard 1959 [Saumur-Champigny], nuancé, en sous-bois et en fruit, droit dans ses tanins fondus. La patron malicieux a fait suivre de grands saint-émilion à l'aveugle dans le même millésime. Ce n'était pas gentil... pour eux.'  Dernier avantage et qui n'est à mon avis pas des moindres : les meilleurs vignerons ligériens pratiquent depuis de nombreuses années une agriculture 'raisonnée' ou biologique, voire sont en culture bio-dynamique et quelques-uns soufrent leurs vins le moins possible... Si vous n'avez pas voulu acquérir de Bordeaux en primeur cette année à cause des tarifs, et si vous ne souhaitez pas plus participer à la 'grande messe' des foires aux vins de la rentrée, pour remplir votre cave des Bordeaux 2001, 2002 et 2004, précipitez-vous sur les vins de Loire... quant à moi, j'ai déjà fait 'mon marché' !!

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