« Coste-du-rhone.com | Page d'accueil | Atavisme et spéculation... »
20.08.2006
Confessions vineuses, mais pas vaseuses...
Depuis le printemps dernier j'avais laissé filer mon blog. En partie à cause d'une reprise d'activité, d'un projet de création d'entreprise qui devrait aboutir cet automne, et sans doute par paresse... Je n'ai pas pour autant arrêté de boire de bons et de grands vins et encore moins de penser !! Je reprendrai progressivement la livraison de notes et sans doute je réaménagerai ce blog... j'ai quelques vieilles notes qui traînent dans un dossier de mon ordinateur et notamment la fin de la série sur Chabalier, Kopp & Co à laquelle je tiens particulièrement... Depuis les derniers mois une tendance s'est affirmée en ce qui concerne la constitution de ma cave et le choix des vins. Il s'agit d'un processus de divorce avec les vins de Bordeaux...
> Petite histoire
Est-ce le résultat d'une réaction exagérée pour le millésime 2005 avec une nouvelle fois une progression importante des tarifs lors de la campagne des primeurs ??... Il ne s'agit pas tant d'une réaction 'épidermique' que du résultat d'un long procéssus qui a démarré avec mon véritable apprentissage des grands vins il y a plus de quinze ans. Etudiant à Bordeaux, j'ai commencé à me constituer une cave au tournant des années 1990, lorsque la trilogie glorieuse des 1988, 1989 et 1990 était disponible en primeur. Avec peu de moyens, il me fallait faire des choix et imanquablement me tourner vers les meilleurs rapports qualité/prix... faire des 'arbitrages' et surtout choisir les meilleurs vins (même en petite quantité) susceptibles de constituer un 'fond de cave' honnête... Pour cela, il me fallait trouver des guides 'fiables', de véritables critiques que ne pouvaient me procurer les vieilles éditions du Ferret et du Lichine. Les ouvrages de Jacque Luxey sur les dégustations du grand jury me semblaient correspondre parfaitement... malheureusement ils n'étaient disponibles que pour des millésimes des années 1970 et du début des années 1980. Leur lecture m'avait toutefois permis d'entrevoir que certaines hiérarchies et réputations n'étaient pas figées et que des crus bourgeois pouvaient jouer dans la 'cour des grands'... Certains de ces vins m'étaient déjà familiers comme Fieuzal, Haut Marbuzet, Chasse Spleen ou Sociando Mallet. D'où l'importance à mes yeux de trouver des commentaires pour les vins mis sur le marché en primeur !! Et surtout d'en trouver de plusieurs sources différentes. J'ai alors eu la chance de lire les commentaires de Robert Parker dans plusieurs 'livraisons' de l'Express et de 'tomber' sur le numéro spécial millésime 89 de la RVF en juin 1990. C'est à travers la RVF que j'ai aussi franchi le pas pour m'orienter vers d'autres régions viticoles et également grâce à des rencontres : celles de Xavier Copel, Patrice Guyot et François Roy à la cave et au restaurant Le Claret ; et aussi grâce à la 'politique' d'une grande et vieille maison comme les établissements Badie à Bordeaux. Tandis que la lecture de la Revue du Vin France me permettait avec les notes de Robert Parker de rendre mes arbitarges sur quelques caisses que j'ai pu achetter en primeur sur trois millésimes (1989,1990 et surtout 1991) c'est au Claret et chez Badie que j'ai pu découvrir et achetter les grands vins d'autres régions, et principalement de Bourgogne, du Rhône et du Sud-Ouest...

Au Claret, j'ai pu déguster à deux reprises l'Hermitage 'Les Bessards' 1990 de Delas, goûter le Musigny Vieilles Vignes 1990 des Comtes de Vogüe, celui de Jadot du même millésime, quatre années de Jurançon 'quintessence' du domaine Cahaupé (1988, 1989, 1990 et 1991), grâce à Xavier Copel et Patrice Guyot, découvrir les vins de Rapet, Gros, Geantet-Pansiot, Georges Mugneret, Jaboulet, Rayas, Chave, Leflaive, Denis Mortet, Gouges, Roumier, Jamet, la DRC, Comtes Lafon, Coche-Bizouard, Jadot, Comte Armand, Clape, Guigal, Dauvissat... Et puis également chez Badie (grâce à leur politique intelligente d'ouverture aux autres régions viticoles) j'ai pu trouver d'autres producteurs/négociants : Verget, Raveneau, Sauzet, Vieux Télégraphe, Beaucastel, Chapoutier, Méo-Camuzet, Confuron-Cotetidot... et surtout j'ai pu les acquérir à des prix qui aujourd'hui rendraient fou n'importe quel amateur !! 30€ le Meursault Clos de la Barre 1989, 46,50€ les Perrières 1990 des Comtes Lafon, 18€ les Chablis 1° cru de Raveneau, 20,50€ le Cornas 1995 de Clape et surtout, à peine plus de 10€ pour déguster la gamme de chez Delas (y compris Les Bessards 1990) et moins de 50€ pour un repas dégustation de grands crus de Bourgogne : Bâtard-Montrachet 1983 de Drouhin, Corton-Charlemagne 1986 de Jadot, Chambertin Clos de Bèze 1988 de Bruno Clair, Echezeaux de la DRC 1986 et Bonnes-Mares 1983 de Roumier... J'ai eu la chance en dépit de la 'maigreur' de mes finances de vivre une époque où les tarifs des grands vins étaient encore 'raisonnables' et d'accéder à de grands domaines qui n'étaient pas encore 'sous les feux de la rampe', grâce à ces rencontres et à la lecture assidue de la RVF et de Robert Parker...
> Le tournant de 1995/1996
Le millésime 1991 fut pour moi une véritable bénédiction, les tarifs étaient à la baisse en raison de sa 'mauvaise' réputation (en goûtant les meilleurs aujourd'hui on se demande pourquoi !!) et j'ai pu alors acquérir quelques caisses (Mission-Haut-Brion, Montrose, Léoville Barton, Sociando Mallet) et un magnum de Léoville Las Cases... c'est aussi la dernière fois (mis à part 6 bouteilles de Sociando Mallet et de Chasse Spleen 2000 réservées en 2001) que j'ai acquis des Bordeaux de cette façon, et presque aucun depuis, en grande distribution ou chez un caviste... durant ces années, j'ai été poussé vers d'autres vins non seulement grâce aux rencontres dont j'ai parlé plus haut, mais encore par des raisons de bon sens et financières. Mes finances étant très limitées, il me fallait faire des choix en fonction d'un étalon choisi : prix/réputation/plaisir/garde... et en raison du nombre limité de bouteilles que je pouvais m'offrir, être sûr qu'il s'agissait de la meilleure et de la moins chère ! On pouvait trouver à cette époque le Châteauneuf du Pape de Guigal 1990 à 12€ la cuvée Brune et Blonde de Côte Rôtie 1991 à 18,50€, le Beaune Clos du Roi de Rapet 1990 pour à peine plus de 15€, le Pommard 'Clos des Epenots' du Comte Armand pour 30€ et pour tous ces vins il fallait au moins 50% de plus pour acquérir un vin de Bordeaux qui puisse donner autant de plaisir et soit aussi bien constitué ! Une arithmétique encore plus probante avec les vins blancs secs : La Tour Martillac 1990 à 25€ face à un Chablis 1° cru de Raveneau à 18€ ; un grave réussi mais pas exceptionnel qui coûtait 40% de plus qu'une légende de Chablis ! Et s'il fallait consentir à un gros sacrifice, et trouver 'l'équivalent' d'un Haut-Brion blanc (90€ le 1989 et 75€ le 1990) ou d'un Laville-haut-Brion (75€ le 1989 et 60€ le 1990) vous aviez accès à (presque) tout ce qui se fait d'excellent en Bourgogne ou dans le Rhône : 36,50€ pour un Hermitage blanc de Chave, 46,50€ les Perrières 1990 des Comtes Lafon, 55€ un Corton Charlemagne de Bonneau du Martray 1989 (mais tout de même 183€ pour un Montrachet 1989 des Comtes Lafon !), soit des différences de prix pour des vins au moins aussi exceptionnels de 65% à 150%... par charité pour Haut-Brion, j'évoque à peine un face à face (à table) avec un Puligny-Montrachet 'Les Pucelles' du même millésime d'une excellente maison... et je vous laisse deviner lequel à pris plusieurs longueurs... Une fois ma religion faite, il y a eu le tournant des campagnes primeur 1995 et 1996 où après quelques millésimes 'ordinaires' les bordelais renouaient avec le très bon, voire l'exceptionnel... Et ce qui m'a conforté dans l'achat de vins d'autres régions viticoles (en dépit de l'affirmation d'un goût pour les vins exceptionnels de syrrah, pinot noir, grenache, carrignan ou chardonnay, marsanne, roussanne), c'est le fait que non seulement les prix ont suivi, mais surtout dans des proportions extravagantes !! Lors des deux campagnes de 1989 et 1990, les tarifs (hors taxe pour les particuliers) des 1° grands crus classés (Haut-Brion, Latour, Cheval Blanc, Margaux, Mouton et Lafite) étaient de 48€ et 46,50€ la bouteille ; pour 1994, millésime plutôt bon à très bon selon les secteurs, le tarif était de 33,50€ ; tandis qu'à la sortie des 1995 (millésime assez semblable à 1989 / qualité) les tarifs avaient dépassé ceux de 1989 à 49,50 € soit une augmentation de 50%. Un pas supplémentaire fut franchi lors de la campagne du millésime 1996, incontestablement un millésime exceptionnel en Bourgogne voire dans le Rhône septentrional, mais pas tant dans le vignoble bordelais où il était en retrait / à 1995 !! Cependant, le mouvement inexorable de hausse des tarifs, déconnecté tant de la réalité économique (inflation) que de la qualité intrinsèque des millésimes, avait démarré ; accompagné par les trompettes (très marketing) de la renommée !! Les tarifs des 1° grands crus classés franchissaient alors la barre symbolique des 500 FF (76,25€) en reprennant au passage 50% de plus...
18:55 Publié dans Sur le vin | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://socrate-dionysos.blogspirit.com/trackback/955098
Commentaires
Quel plaisir de vous relire!
Ecrit par : Iris | 21.08.2006
Merci beaucoup Iris !
Cordialement
Ecrit par : Gorgias | 21.08.2006








