03.04.2006

Vive le grenache... et les cavistes !

J'ai dégusté récemment cinq vins qui ont retenu mon attention, dont trois tout particulièrement. L'un d'entre-eux est une "occasion manquée", sans doute en raison des mauvaises conditions de conservation dont il a été l'objet... Je ne regrette pas pour autant mon achat, quoique... Je tacherai de dénicher une autre bouteille dans un réseau de distribution différent !! A l'occasion de cette note, j'aimerai également souligner le travail des cavistes, leur rendre hommage et surtout à ceux de la "nouvelle génération" (pas si éloignés de la mienne !), car quatre de ces vins m'ont été chaudement recommandés par deux jeunes cavistes.


Le premier, Christophe Andiné, après un parcours classique de sommelier au sein de prestigieux établissements, a créé une boutique à Mont-de-Marsan, baptisée tout simplement : "La cave du sommelier". Il y propose une belle sélection de vins de toutes les régions de France, bien équilibrée et très judicieusement choisie, avec une place non négligeable accordée aux vins espagnols, aux armagnacs et aux whiskies. Il a surtout le mérite de faire partager sa passion pour les grands vins de toutes origines, dans un département où les vins de Bordeaux et quelques vins du Sud-Ouest, constituent la seule "cartographie" du vignoble français... Une observation "sociologique" qu'il m'a confié récemment : ce sont les femmes qui constituent la majorité de sa clientèle, et elles n'hésitent pas à demander des conseils, ni à les suivre. Elles font preuve d'une plus grande aptitude à la découverte, sans doute en raison de leur "sexe" moins soumis à l'a-priori selon lequel en chaque mâle français sommeille un expert en vins !! Il organise une dégustation hebdomadaire pour ses clients, indispensable pour faire partager ses coups de coeur et ouvrir les horizons, et des repas dégustation pour les fidèles. Sa boutique vient juste de rouvrir ses portes dans un nouveau décor encore plus chaleureux et convivial.

 

 

Le second, et le plus jeune des deux, Damien Authier, a poursuivi sa formation de sommelier par des études de commercialisation du vin. Il dirige une boutique à Bayonne (également à Saint-Emilion), "Vignoble & Châteaux", de vente et conseil en vins. La cave de Saint-Emilion abrite une salle consacrée à l'apprentissage du vin et de la dégustation. L'établissement organise des repas découvertes autour du vin, la boutique est très belle, elle allie classicisme et modernité avec un usage intelligent du bois. Une sélection qui est bien équilibrée, des vins de toutes les régions, des champagnes, des vins étrangers (notamment de la péninsule ibérique), des cognacs, portos, vieux calvados, quelques vins prestigieux du Bordelais et les Meursault des Comtes Lafon !! A noter : Damien Authier publie des notes sur un blog consacré... au vin !! C'est toujours un plaisir pour un amateur de discuter avec de tels cavistes, passionnés par leur métier, curieux, compétents et surtout de bon conseil pour étoffer sa cave !!

 

 

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Le premier de ces vins est un Minervois, cuvée "La Balme" du Château de Fauzan, [le vin a été carafé trois heures avant le service] il présente une belle robe sombre et profonde, le nez mêle les fruits confits, les herbes de garrigue et est dominé par l'olive (tapenade) ; la bouche est dense mais suave et fluide, une structure très bien construite, tanins présents et de la fraîcheur ; les arômes vont sur le fruit confit, pruneau, des épices, un festival !!... Encore très jeune, il faut l'oublier en cave au moins cinq ans [regoûté au bout de 10 heures il avait encore gagné en compléxité, assemblage syrrah, grenache ; 11 €]. Le second vin devrait également ravir tous les amateurs de grenache (et donc de vins "sudistes"), il s'agit d'un vin espagnol de la région de Calatayud (Aragon) Balatzar Gracian, granacha, viñas viejas de 2003 [San-Alejandro Bodega ; 9,50 €], un vin à la robe rubis sombre, un nez très fruité et épicé, une bouche ample et fluide avec de jolis tanins, des arômes de fruits rouges et de fruits à noyaux, de torréfaction et des épices (poivre, cannelle)... Une finale longue.  Le troisième vin [15,50 €] est également issue d'une sélection de grenache noir sur des vieilles vignes, c'est un vin muté, un Maury du Domaine des Schistes (devinez pourquoi ?), récolte 2004. Encore un vin excellent, d'une belle robe sombre, avec un nez plein de fruits, une bouche suave, sans lourdeur et fraîche malgré ses 16° d'alcool, en bouche c'est une gourmandise, un panier de fruit avec des arômes très purs, quelques notes épicée, chocolatées et une belle longueur, sensuelle !!... Le quatrième vin est un vin de Navarre, Ribera del Queiles, de la bodega Guelbenzu, "Azul" 2003 [9,50 €]. Il est élaboré avec la même "philosophie" que les seconds vins des châteaux du Médoc, après l'assemblage du premier vin "l'Evo"... Il est composé de Tempranillo (46%), de Cabernet Sauvignon (30%) et de  Merlot (24%)... la robe est rubis, le nez évoque les fruits rouges, la bouche est bien équilibrée avec des tanins fins, les arômes de fruits rouges se confirment, fraise, cassis, de la prune et des épices, une bonne longueur en finale. Un vin "classique" et honnête qui chasse sur le terrain des vins du Médoc et auquel le tempranillo apporte une touche "d'exotisme" bienvenue.

 

Le dernier vin, c'est une occasion manquée, celle d'une rencontre avec un grand vin dans un de ses meilleurs millésimes [ici je fais confiance au jugement de Philippe Faure-Brac] Chateau MUSAR 1991. Le niveau haut de l'épaule aurait dû m'intriguer et je me suis dit : " - mauvaise conservation", l'examen de la capsule ne montrait pas de traces, alors finalement... je l'ai tout de même acheté ! Une robe couleur rubis, tuilée sur les bords, un nez animal(cuir/fourrure) et de prunes confites, pruneaux... cela me faisait songer à l'apogée dépassée d'un cabernet sauvignon/merlot type Médoc !! La bouche confirme, encore quelques tanins présents, des arômes très évolués, fruits confits, noyau de prune/cerise, pruneaux, chocolat, épices...un vieux beau qui se défait !!! Par moment je le "situais" à Châteauneuf-du-Pape, des sensations suprenantes, sans doute aussi que j'étais dépité, il faudra que j'en trouve une autre bouteille (bien mieux conservée !!) pour me faire un avis...

En conclusion : bravo aux vignerons qui ont produit ces vins (surtout les trois premiers) et aux cavistes qui les font découvrir. Je suis plutôt enchanté par l'engouement des femmes pour les grands vins et par leur curiosité, car si ce mouvement prend de l'ampleur cela me semble être de bonne augure pour l'avenir des meilleurs vins français !! Enfin, cela me réjouis : des producteurs (et des productrices) de qualité, des cavistes passionné(e)s, et des femmes de plus en plus nombreuses à s'intéresser aux grands vins (et des hommes aussi !) ; je sais pourquoi je passe des heures à m'emm... pour décortiquer les inepsies et les âneries de Chabalier, Kopp & Co...!! Et puis j'ai mes deux saints patrons qui m'accompagnent : Socrate & Dionysos...

Commentaires

Tout simplement merci pour votre article...
Et vous êtes bien renseigné !!!

Mais bon sang vous êtes forcément venu à Bayone !?! Ma mémoire me fait défault...

Passons...

Le hasard me fait lire votre article après avoir dégusté chez un des plus grand amateur de vin que je connaisse, Benoit Siberchicot, Mayne d'Olivet 2001 (Blanc de Cantelauze en Pomerol), Mas Lavail en Muscat de Rivesalte, Cuvée Léon Parcé de la Rectorie, Domaine Ilaria Cuvée Bixintxo 1994 (fabuleux), Cuvée Clos du Moulin 2001 et cuvée Les Cosprons Levants1997 du Domaine du Mas Blanc, Sociando Mallet 2003 et nous allons finir par la cuvée L'oublée des frères Parcé en Banyuls....

Je suis ravi que vous ayez apprécié ce cher Baltasar...

En ce qui concerne Guelbenzu, un importateur français nous a fait déguster la cuvée Evo en 1990, 1995, 1996, 1998 et 2000. Ensuite la cuvée supèrieure LAUTUS en 1996, 1998 et 2000. Intéressant. Mais je préfére leurs tenues dans leurs cinqs premières années de vieillissement.

Bravo pour votre site. C'est du beau boulot !
A très bientôt.

Ecrit par : Damien AUTHIER | 22.04.2006

Bien sûr que je suis venu vous rendre visite en mars dernier !! Merci à vous pour vos commentaires et vos encouragements !

Cordialement.

Gorgias

Ecrit par : Gorgias | 25.04.2006

Bonjour et merci pour ces commentaires, quant au blog de Damien, désormais il fait partie des incontournables.

Je me permets simplement de réagir concernant le mUsar, qui est un vin particulièrement déroutant.

Son élevage réclame 12 à 15 mois de vieillisement en fut, et de 3 à 4 ans de vieillissement en bouteille par la suite.

Il est important de constater que nous sommes à environ 1 000 mètres d'altitude et que Mr HOCHAR, met tout en oeuvre pour faire passer à travers son vin, le message du sol, en travaillant de façon la plus naturelle possible.

Les cépages carignoan, cinsault, et cabernet sauvignon expriment une complexité toute déroutante.

Ainsi, sur ce millésime pourtant superbe, nosu y retrouvons, des notes quelque peu mûres, voire oxydatives. C'est un peu la marque de la maison.

Ou quand le cacao, rencontre, les olives, les pruneaux, le cuir, le tabac, et la fourrure...

Ce vin est immense, très long, d'une très grande expression, semblant bien décalé, avec ces acidités cisaillantes, et sa longueur phénoménale.

Alors, il est posssible que ce vin, vous ait dérouté, car c'est réellement un tel vin...mais je n'exclus toutefois pas le fait qu'il fut "abimé" par un mauvais conditionnement...

C'était juste une petite précision qui me semblait importante.

Cordialement,

Emmanuel DELMAS

Ecrit par : Emmanuel sommelier | 09.06.2006

Merci pour ces précisions. C'est bien parce que j'avais un doute sur le conditionnement que j'ai exprimé un sentiment mutigé. Et ce n'est que partie remise : j'attends l'occasion d'acquérir une autre bouteille pour le goûter à nouveau !!

Ecrit par : Gorgias | 09.06.2006

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