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20.11.2005
La guerre des certifications forestières
Dans le préambule à son Rapport sur la filière bois, Dominique Juillot pose que l'antagonisme entre production et protection a vécu. Pour cela, il évoque le rôle fondamental que joue la forêt pour réduire les émissions de CO2, rôle devenu stratégique depuis les accords de Kyoto, et qui réclame une gestion durable et une exploitation : "la qualité de l'atmosphère : la forêt n'y participera durablement que si le bois pousse, s'il est récolté, s'il est transformé et utilisé."
Il est aussi question dans son rapport d'un label et d'un organisme, qui ont été créé en Europe pour certifier les forêts gérées et exploitées selon des critères stricts de développement durable : Pan European Forest Council (PEFC)... Ce dispositif qui regroupe des sylviculteurs, des industriels du bois et des consommateur, a inscrit ses choix de gestion dans la lignée du "processus d'Helsinki" = réponse des GVT européens à la conférence de Rio de 1992. Les surfaces gérées sont en constante augmentation et représentent plusieurs dizaines de millions d'hectares. Le système PEFC constitue de fait une nouvelle Organisation de type ONG et elle est au niveau mondial en concurrence avec un autre organisme de certification : Forest Stewardship Council (FSC), créé à l'initiative de World Wilde Foundation (WWF). Cet autre organisme de certification forestière est fortement implanté sur le continent américain, en Russie, Pays Baltes, Pologne, Suède, Grande Bretagne, Australie, Nouvelle Zélande... en gros dans l'ensemble des pays sous influence anglo-saxonne. Car un des enjeux de ces certification est aussi commercial !! FSC a une bonne longueur d'avance sur le système PEFC et offre plus de "visibilité" commerciale à ses adhérents. La France et l'Allemagne sont les deux pays qui contribuent le plus au développement de PEFC, toutefois en Europe, les propriétaires privés adhérent de façon minoritaire à PEFC et "la demande des consommateurs finals privés demeure insignifiante"... voir bilan de la Commission européenne des forêts.
A n'en pas douter, il y a derrière cette concurrence entre PEFC et FSC, des enjeux industriels importants et une volonté de développer les logos ou labels comme des marques, de façon à donner des débouchés (des marchés) aux entreprises qui transforment les bois issus de ces certifications... Et c'est là que les campagnes de dénigrement des politiques forestières mises en place par les GVT européens entrent en scène... car WWF (comme Greenpeace) ont des intérêts dans la réussite de "leur" système de certification FSC !! Allez jeter un coup d'oeil sur le Conseil d'administration de WWF United-States... C'est assez révélateur !! Il y a de la part de cette ONG des accointances avec d'importantes compagnies anglo-saxonnes qui me laissent songeur !! De là à prétendre que leur dénigrement systématique des politiques forestières, en France et en Allemagne notamment, tient plus à une guerre commerciale qu'à une réelle volonté de promouvoir le développement durable, il y a un pas que je franchis bien volontier !! Tout ce qui a trait, de près ou de loin, avec l'écologie et le développement durable est actuellement très porteur, et est par conséquent intégré aux politiques de marketing d'un bon nombre de sociétés. Aussi la pratique du co-branding de WWF avec des Compagnie marchandes ne me semble pas si "saine" que cela, et doit comporter - bien que les équipes de WWF s'en défendent - d'importants risques de dérives !!
La récente campagne de WWF avec France Télécom est à mon avis proprement scandaleuse, voire insultante... Pour mieux vous faire partager mon indignation, reprenons l'argumentaire. Une série de bandeaux publicitaires sur le Net proposaient de "sauver la forêt française", comme si il y avait un enjeux vital... sur le site Internet de France Télécom, il s'agit, en utilisant la facturation sur le Net, de "préserver la forêt française" = il y a toujours une menace !! L'opération consiste à préférer la facturation par internet (ne pas utiliser de papier) et pour chaque abonné, France Télécom reverse 1€ à WWF pour l'achat de terrain forestier... Dans la fenêtre "pop-up" qui s'ouvre le danger ne concerne pas la forêt française, mais le chiffre avancé de 200.000 hectare par semaine concerne les forêts du globe... une présentation VOLONTAIREMENT fallacieuse parce qu'en France la forêt s'accroît tous les ans (depuis 1945 les espaces boisés sont passés de 11 à 16 millions d'hectares) et représente près d'un tiers de la surface de l'hexagone...!!! Si vous souhaitez en savoir plus vous pouvez commander la dernière parution de l'Agreste (qui est l'organisme des statistiques du Ministère de l'Agriculture) "Statistique forestière 2002" qui fait la synthèse de l'Inventaire Forestier National... Sur le site de France Télécom, il ne s'agit pas d'information (données objectives) mais de communication (données tronquées, maquillées...). Vous apprennez ensuite que l'opération ne concerne pas toute la forêt française, mais une partie = les forêts en Provence (massif des Maures) qui sont particulièremment menacées par les incendies, l'urbanisation et le tourisme... Enfin, vous découvrez que les actions (bien modestes) de WWF s'inscrivent en complément de celles menées par les pouvoirs publics et les acteurs de la filière (pompiers, ONF, sylviculteurs, ETF...)... Il s'agit d'acquérir des terrain pour privilégier le repeuplement naturel des forêts. Encore une présentation VOLONTAIREMENT fallacieuse des faits qui va se poursuivre dans le paragraphe suivant, où s'exprime le parti-pris et le catéchisme de WWF. Il n'est pas contestable que les incendies et l'urbanisation menacent les massifs du Sud-Est de la France, mais à partir de cette opération WWF fait passer des messages ambigus, voire mensongers, sur la situation des forêts en France et sur les méthodes de gestion, profitant de la crédulité et de l'ignorance d'une majorité de français...
L'organisation laisse entendre (entre les lignes) que les pouvoirs publics sont déficients, que les forêts peuvent se passer de l'intervention de l'homme (en tout cas pas pour les protéger !!), et que la production / plantation est une mauvaise méthode de gestion des forêts. 1°/ il faut savoir que la forêt française, très majoritairement privée, est très bien gérée (c'est même une des forêts les mieux gérées au monde !), que les méthodes de gestion sont diverses et surtout que la plus importante forêt de France (premier massif d'Europe - > 1 millions d'hectares), le massif landais, est une forêt exploitée, de plantation et de peuplement ; enfin qu'il existe des outils (plan simple de gestion, cahier des charges de PEFC...), des organismes (Ministère, DDAF, coopératives forestières, ONF, syndicats de sylviculteurs...), des lois et réglementations (la dernière loi d'orientation sur la forêt suite au Rapport Bianco date de juillet 2001) qui permettent tant aux pouvoirs publics qu'aux propriétaires privés d'avoir des politiques sylvicoles diversifiées et parfaitement adaptées aux contextes géographiques et de peuplements, économiques et humains... 2°/ le préjugé très "américain" de WWF (du reboisement "naturel" = point de vue de la conservation des forêts primaires) ne peut valoir en France , où presque toutes les forêts ont été replantées depuis le Moyen-âge, et où la bonne santé et la diversité du patrimoine forestier sont liées à l'exploitation du bois, aux plantations et à une politique de protection et de conservation, dont le Ministère de l'Agriculture, l'ONF et les PNR sont les principaux garants... et les propriétaires et les industriels, les acteurs respectueux et intelligents. Il n'existe pas (ou plus malheureusement) de vastes étendues de forêts primaires (plusieurs millions d'hectares d'un seul tenant) en Europe occidentale qui nécessiteraient les methodes de gestion et de reboisement proposées par WWF...
Pour vous faire une idée des préjugés du WWF, vous pouvez lire le dernier rapport du WWF sur "La Protection des Forêts en Europe" et celui qu'il consacre à "La protection des forêts en France" (indicateurs 2002)... Il y a toutefois plusieurs choses qui me gènent. Tout d'abord ce constat que la forêt régresse de façon continue, en même temps que progresse l'activité humaine, si le constat est indéniable et peut être illustré de façon spectaculaire à partir de la grande révolution agraire du moyen-âge et lors de l'usage massif de bois pour la marine à partir des grandes découvertes (XVI° siècle), il n'en demeure pas moins que la plupart des pays européens concernés ont reboisé, et la France de la façon la plus spectaculaire. Les sous-entendus (sans l'homme la Nature se porterait mieux !!!) et le ton moralisateur, qui laisse entendre que le WWF est le seul organisme vertueux capable de défendre la biodiversité, me sont assez insupportables. Ensuite ces affirmations à l'emporte-pièce selons lesquelles l'exploitation forestière et les plantations de peuplement nuisent aux forêts et à la biodiversité. Il y a un exemple en France d'une réussite extraordinaire de la volonté de l'homme de modifier son environnement de façon positive : dans les Landes au XIX° siècle, l'homme s'est fait architecte de la nature. Poursuivant les études et les expériences des frères Desbiey et du Baron Charlevoix de Villiers, Brémontier développe vers 1780 des travaux de fixation des dunes océanes qui permirent par la suite la création d'une forêt de plus d'un million d'hectares. Les travaux de drainages et les plantation de semis de pins maritimes se sont poursuivis tout au long du XIX° (Baron d'Haussez et Chambrelent, Napoléon III). Cette forêt de production comporte une part non négligeable d'autres essences (10% principalement du chêne) ; des milieux riches et préservés (cordon dunaire, rivière du littoral -courant d'Huchet- , vallée de la Leyre, le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne) qui cohabitent avec des zones de sylviculture / de forêt cultivée... la vallée de la Leyre (programme NATURA 2000) est un milieu riche où vivent plusieurs espèces protégées comme le Vison d'Europe ou la Genette, une espèce de fougère très rare... Toutefois, il y a au moins trois dangers qui guettent le massif landais : le développement de l'urbanisme, le développement de la culture du maïs / cultures d'irrigation intensives et l'abandon par les pouvoirs publics de la filière bois...
En conclusion : cette opération de marketing menée conjointement par France Télécom et le WWF est un scandale et surtout pleine de contre-vérités, de mensonges... La forêt française loin d'être en danger comme le prétend l'ONG est au contraire une des mieux gérées au monde, et elle est depuis plus d'un siècle en constante progression... Cette bonne santé de notre patrimoine forestier est en grande partie liée à l'exploitation du bois, au reboisement systématique... enfin, derrière ce dénigrement des nos politiques forestières, il y a certainement de la part de World Wilde Foundation, la volonté de gagner des "parts de marché" pour FSC au détriment de l'organisme européen de certification forestière (développement durable) PEFC.
Une des dernières inepsies à relever, est cette idée selon laquelle réduire la consommation de papier permettrait de sauver les forêts = c'est une contre-vérité (efficace car elle semble de bon sens), puisque dans le cas de forêts cultivées, la fabrication de pâte à papier est un des principaux débouchés pour les sylviculteurs lorsqu'ils procèdent aux éclaicies qui ponctuent la gestion d'un peuplement... et de façon plus générale, la consommation de produits et sous produits issus de l'exploitation forestière, permet de lutter contre l'émission de CO2 dans l'atmosphère... voir note Un changement de paradigme industriel (IV).
Bibliographie (sur l'histoire du massif landais) :
> Brémontier : "Mémoires sur les dunes" ;
> Chambrelent : "Les Landes de Gascogne" ;
> De Mortemart de Boisse : "Voyage dans les Landes de Gascogne" ;
> De Saulnier : "Les Landes de Gascogne" ;
> Larroquette : "Les Landes de Gascogne et la Forêt landaise" ;
> Roger Sargos : "Contribution à l'histoire du boisement des Landes de Gascogne" (ouvrage indispensable)...
17:55 Publié dans Filière Bois | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE
Commentaires
En "fouillant" sur votre blog, je découvre les articles sur la filière bois. Je n’en connais pas grand chose, donc je cherche à apprendre.
Est-ce que vous auriez aussi quelques pistes sur la gestion forestière de "ma" région?
Jusque là, j'ai qu'une idée peut-être très naïf là dessus, quand je vois, que sur des vignes arrachées contre la prime des années 80, les gens plantent des résineux, cela me fait peur pour la propagation des incendies l'été et je me dis, que ces terres, parfois bien exposées et plus facilement cultivable que mes pentes raides sont perdues pour l'agriculture.
Ecrit par : Iris | 03.12.2005
Puisque vous habitez dans à poximité d'un Parc Naturel régional vous pouvez sur le site des PNR de France :
http://www.parcs-naturels-regionaux.tm.fr/fr/accueil/
commander en ligne dans leur librairie un ouvrage gratuit = les actes d'un colloque de 2002 "Les enjeux écologiques dans la gestion forestière" ; contacter l'ONF ou bien, parce vous devez par votre activitée de viticultrice, être en rapport avec la D.D.A.F. de l'Hérault, leur demander de vous orienter vers des documents pouvant satisfaire votre curiosité. Allez consuter les sites dont les liens sont sur mon blog. Je ne connais pas bien la politique mise en oeuvre dans votre région à propos des incendies de forêt, mais il me semble que dans les régions méditéranéennes, les cultures et la vignes sont des "pare-feux" très efficaces ! En Aquitaine, sur le massif landais, il y a à côté d'un dispositif de surveillance très efficace, de nombreux pare-feux, et une pratique répandue du débroussaillage... Les incendies de forêt sont un fléau que les aquitains connaissent bien et qu'ils ont appris à maîtriser grâce à un organisme la DFCI :
http://www.feudeforet.org/francais/presentation.htm
mis en place depuis plus de 50 ans...
Cordialement
Ecrit par : Gorgias | 03.12.2005








