09.11.2005

Libéralisme et capitalisme en cause...

Ce mois-ci, le mensuel de l'économie "Enjeux Les Echos" consacre un dossier à la remise en cause du libéralisme. Dans son éditorial, François Lenglet, avec un ton mi-ironique, mi-agacé, fustige "le pays qui ne voulait pas changer", celui du "patriotisme économique", du refus d'une Europe "libérale" (ou sociale/libérale ?), du champion toutes catégories (pour un pays qui n'est pas "officiellement" un régime marxiste) de la part du public dans le PIB, d'un pays dont la dette atteint 1200 milliards d'euros et dont le coût est équivalent aux recettes de l'impôt sur le revenu, soit près de 50 milliards d'euros (pour des recettes nettes globales de 220 milliards en 2003 - source = Minefi ; coût de la dette = 1/5 des recettes !!), le pays d'une posture - presque maladive - du "plutôt morts que libéraux"...


Le pays où le libéralisme est le Bouc émissaire de tous nos malheurs, le Diable en personne avec son cortèges de péchés capitaux (marché, concurrence, actionariat, libre échange, fléxibilité, libre entreprise, risque...) dans une fresque digne de celles qui ornaient nos église romanes. Et de conclure son éditorial par une série de question cyniques [dignes de Diogène] : "Et si c'était l'excès de protection qui créait la précarité, parce qu'il dissuade les créations d'emplois ? Aurait-on peur de perdre son travail si l'on était assuré d'en retrouver un aussitôt ? Le rapport de force ne serait-il pas plus favorable au salarié ? La protection de l'emploi n'est-elle pas, au bout du compte, une menace sur l'emploi ? Questions taboues. Question de mauvais esprit. Questions libérales. Questions que nous n'entendrons jamais dans la bouche de ceux, nombreux, qui font commerce de la peur des Français pour se maintenir au pouvoir ou pour le conquérir."


Dans son dossier sur le libéralisme, le mensuel cherche à comprendre ce paradoxe, qu'une analyse attentive des réalités françaises révèle très tôt : fustigé comme "pensée unique" et par conséquent dominante, la pensée libérale est en fait très minoritaire. C'est l'antilibéralisme (un marxisme larvé, voire relooké) qui est la pensée (ou "vertu") la mieux partagée en France. Quelques mots pour avouer ma sympathie à Marie-Paule Viard qui a rédigé l'article d'introduction et de synthèse de ce dossier. Sympathie liée à cette phrase : "L'antilibéralisme est en effet aujourd'hui la "vertu" la mieux partagée.", qui me rappelle étrangement l'ironie dont faisait preuve Descartes en introduction de son "Discours de la méthode" pour se moquer des tenants de la scolastique. Pour poursuivre dans cet ordre d'idée, il me semble bien que les Français méritent une bonne révolution copernicienne et un débat sain pour se réconcilier avec l'économie. C'est bien l'idée principale qui se dégage de cet article : une analyse saine des idées et des théories économiques a été confisquée par des "intellectuels" tenants d'un catéchisme marxiste mal digéré... Aussi, si vous souhaitez une bonne synthèse de ce qu'est le libéralisme aujourd'hui, lisez sans retenue ce N°218 de novembre 2005 du mensuel Enjeux Les Echos !

 

Dans le contexte actuel d'une critique sans vergogne de "l'ultra-libéralisme", deux ouvrages seront sans doute bien accueillis par les altermodialistes et les "vertueux" antilibéraux. Patrick Artus, Chef économiste d'Ixis-CIB (société du groupe Caisse d'Epargne spécialisée dans des activités de services d'investissement et de financement auprès des banques, investisseurs institutionnels et entreprises), signe dans un ouvrage intitulé "Le capitalisme est en train de s'autodétruire" la critique d'investisseurs sans projets et qui ne se préoccupent ni de projets d'entreprise, ni d'investissements et abandonnent le couple "croissance/rentabilité" pour la seule recherche des profits. L'autre ouvrage, "Le capitalisme total" est une "charge" signée par Jean Peyrelevade (Polytechnicien) ex-Président de Suez, de l'UAP et du Crédit Lyonnais (il était au centre de l'affaire Excecutive Life qui aura coûté 600 millions de $ aux contribuables français). Il critique également cette course au profit qui engendre un sous-investissement des entreprises et n'obéit qu'à une logique de court-terme (essentiellement anglo-saxonne, voire américaine), et propose un retour du politique dans le champ économique. Un exposé assez convenu de la part d'un enfant du sérail de l'économie dirigée à la française ! Deux critiques des dérives actuelles du capitalisme, accentuées par l'émergence des "Hedges Funds", mais dont l'analyse des causes se limite à la morale... C'est en cela que ces ouvrages ont été rapprochés de celui de Viviane Forrester, "L'horreur économique", qui avait fait sensation dans les années 1990... deux ouvrages qui n'appellent à en finir, ni avec le capitalisme, ni avec l'économie de marché... Ils n'apportent pas grand chose et ne permettront pas de comprendre quel phénomène est à la source de la dérive financière de l'économie... J'ai une petite et modeste idée, que je soumettrai dans une prochaine note, mais il ne s'agit pas de dénoncer la cupidité de certains !!


Commentaires

Excellente note ! Bravo !

Ecrit par : Maître Franck | 10.02.2006

Merci pour ces encouragements !!

Ecrit par : Gorgias | 13.02.2006

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